(Se) sensibiliser à l’approche intersectionnelle de genre est un premier pas essentiel pour que chacun-e puisse contribuer à œuvrer à un changement social juste et transformatif pour tout-e-s au sein de nos organisations et dans nos interventions.
C’est un fait : on ne nait pas sensible au genre, on le devient. Nos éducations, nos parcours individuels, nos opinions politiques informent et forment nos représentations du monde, y compris et particulièrement en termes de genre. Nos sociétés étant patriarcales, on nous apprend, dès la naissance (voire même avant), non seulement à nous conformer de façon rigide aux mécanismes de genre et à nous comporter en « bon petit garçon » ou en « bonne petite fille », mais aussi à agir comme garant-e-s de ce système auprès des autres. Cela va aussi de pair avec une valorisation des attributs associés au masculin, en opposition aux attributs associés au féminin.
(Se) sensibiliser à l’approche intersectionnelle de genre implique donc de prime abord de reconnaître que chacun-e d’entre nous a un travail individuel à faire autour de ces questions. C’est aussi ce qui rend les démarches de sensibilisation dans un cadre professionnel complexes : travailler sur le genre déborde nécessairement de l’environnement strictement professionnel et impacte des aspects personnels et privés de nos vies. Il est donc crucial, dans une démarche de sensibilisation, de reconnaître et d’accepter cette complexité plutôt que de tenter de cantonner la question du genre à une dimension professionnelle. Cela permet aussi d’éviter les postures donneuses de leçons : alors que nous demandons à nos parties prenantes, et aux personnes concernées par l’action, de faire évoluer leurs modes de pensée et de transformer les rapports de genre dans leurs sociétés, qu’est-ce qui nous exempterait de ce même travail ?
La sensibilisation à l’approche intersectionnelle de genre est aussi un processus continu et progressif. L’approche genre nous invite en effet à sans cesse questionner les rapports de pouvoir et de domination qui structurent nos modes de pensées et nos façons d’agir. Porter des « lunettes de genre », ce n’est pas arriver à une posture de sachant-e mais au contraire porter un regard constant sur les inégalités et les rapports de pouvoir, ainsi que sur les normes qui les produisent.
Aussi, il n’existe pas de baguette magique qui nous rendrait instantanément sensibles au genre. C’est bien parce que nous existons dans nos diversités qu’il existe une multitude de déclics et de parcours de réflexion et de sensibilisation au genre : tout le monde n’a pas les mêmes déclics, et chacun-e d’entre nous sera plus sensible à des éléments différents. Pour certain-e-s, ce sont les chiffres et données qui seront les plus parlantes, pour d’autres, il faudra décrire les impacts des normes de genre sur leurs proches ou bien engager une réflexion profondément individuelle sur comment le genre les a impactées. Certaines personnes, aussi, refuseront d’être convaincues malgré tout cela. Face à cela, on peut se rappeler qu’un engagement et une conviction sincères seront toujours préférables à une marche forcée.
C’est pour cela que la sensibilisation est à la fois l’affaire de chacun-e et l’affaire de toutes et tous. La dimension collective des démarches de sensibilisation permet de multiplier les opportunités de déclics individuels, de créer des dynamiques de soutien et d’apprentissage mutuels et de construire des parcours qui résonnent au mieux avec les besoins de chacun-e.
La répétition est la clé : un atelier ne va pas transformer votre collègue ou votre organisation ! Plus vous organiserez des temps dédiés, plus vous créerez d’opportunités d’échanges, de réflexions, de déclics sur la question.
Au F3E, nous concluons chaque atelier, communauté de pratiques ou formation sur le genre par une question simple : « Et vous, quel est votre prochain petit pas sur le genre ? ».
Cette question permet à chacun-e de se projeter concrètement dans sa contribution individuelle au processus d’apprentissage global sur l’approche genre. Un petit pas, c’est quelque chose de simple : caler une réunion avec des partenaires, lire une ressource, parler du sujet au prochain comité de direction, écrire un mail à un organisme de formation sur la question, etc. On évite les « grands pas » tels que « je vais lancer une stratégie genre » ou « je vais réviser tous nos outils », au profit d’une action simple, concrète, qui peut être réalisée peu de temps après le moment collectif.
Évidemment, nous invitons chaque particpant-e à noter ce petit pas précieusement quelque part et éventuellement à le partager au reste du groupe pour stimuler une dynamique collective !