Le scénario catastrophe
Pour quoi faire ?
Cet outil a pour objectif de permettre aux participant-e-s d’identifier les habitudes, comportements, craintes, doutes et autres facteurs qui font obstacle à un recueil pertinent de données genrées. On peut à la fois être conscient-e de ce qu’il faut faire pour résoudre un problème et reconnaître en même temps ne pas passer à l’action pour des raisons qui restent peu discutées (le maintien du problème apporte des bénéfices, il est difficile de déroger à certains principes, on considère que certaines choses sont inévitables…). Cet exercice permet de faire s’exprimer ces rationalités cachées et d’initier une réflexion collective autour de la façon d’éviter ou de mitiger ces écueils pour se renforcer collectivement autour des pratiques de collecte de données genrées.
L’outil peut être mobilisé pour sensibiliser aux enjeux de collecte de données genrées ou pour échanger et partager autour des pratiques de collecte.
Posture et démarche
Conseils d’animation et de posture
Cet exercice prend le contre-pied d’exercices plus classiques, en demandant aux participant-e-s d’imaginer la pire façon de faire les choses. Cela peut amener des rires, mais aussi de la gêne. Il est donc important de veiller à ce que votre groupe soit à l’aise avec ce type d’exercice.
Lors de celui-ci, il est important, pour que l’exercice ait du sens, que les participant-e-s justifient et expliquent leurs actions : on ne doit pas saboter pour la beauté du sabotage ! Invitez-les à expliciter pourquoi iels feraient ou ne feraient pas telle ou telle action.
Enfin, n’oubliez surtout pas la dernière partie de l’exercice, sinon celui-ci n’aurait plus de sens ! Même si vous manquez de temps, il est nécessaire de vous arrêter sur la façon de retourner la situation. Puisque, maintenant, on sait pourquoi on a tendance à mal faire les choses, comment nous assurer de les faire mieux ?
Préparation en amont
En fonction de votre groupe et de la situation dans laquelle vous intervenez, vous devez définir la situation à l’examen. Une situation générique pourrait être : « Nous souhaitons collecter des données quantitatives et qualitatives pour montrer les évolutions dans les normes de genre, l’intersectionnalité, l’empowerment, ou encore le renforcement des capacités, dans le cadre de notre action. »
N’hésitez pas à ajuster cette situation pour qu’elle soit le plus proche possible d’une situation réelle rencontrée par les participant·e·s à votre atelier. Cela facilitera à la fois leur implication dans l’animation, et leur permettra de se projeter plus concrètement dans une situation familière.
Sur le moment
Annonce de la consigne (5 minutes)
Après une répartition en sous-groupe si le nombre de participant·e·s est important, annoncez la consigne et le temps dédié à chaque moment.
Consigne :
Nous allons procéder à un exercice de collecte de données un peu spécial. Nous souhaitons collecter des données dans le cadre de « … ». Vous devez réfléchir aux moyens les plus efficaces pour que cet objectif échoue, et ne soit jamais atteint !
Distribuez deux notes repositionnables par personne, sur lesquelles les participant-e-s vont inscrire au moins deux moyens efficaces pour que le projet échoue.
Attention, n’oubliez pas de préciser qu’il est impératif de justifier ces actions ou non-actions, en identifiant ce que l’on gagnerait à le faire (gagner du temps, des financements, etc.), pour identifier les rationalités cachées. Toutes les raisons invoquées doivent être possibles, probables, même.
Temps de réflexion individuel (5 minutes)
Laissez 5 minutes de réflexion aux participant·e·s pour qu’iels identifient leurs idées de sabotage.
Discussion en sous-groupe (15 minutes)
Les participant-e-s partagent leurs idées en sous-groupe, en les classant et en les enrichissant. Iels doivent préparer une histoire qui sera racontée au collectif, en 5 minutes (« Dans notre action qui est ceci, nous avons décidé de faire cela car… »).
Besoin d’un coup de pouce pour se lancer ? On peut avoir de bonnes façons de mal faire les choses en lien avec :
- la temporalité (on définit tout à l’avance de façon hyper précise ; on ne laisse aucune place à l’adaptation, etc.) ;
- les activités (on se concentre sur les activités, pas sur les changements que l’on souhaite voir advenir chez les acteurices et leurs effets ; on les a définies dans notre coin, sans concertation ; elles sont figées quoi qu’il se passe ; elles n’ont pas d’ancrage terrain…) ;
- les participant-e-s (on exclue des groupes concernés ; on ne crée pas d’esprit de groupe ; on impose les dates des rencontres sans consulter personne ; on annule à la dernière minute ; on ne fait pas de retour quand on nous questionne…) ;
- la posture (on parle en expert-e, dans un langage inaccessible ; on censure certaines idées ; on ergote sur des détails…) ;
- l’esprit (on sait où on veut aller avant d’avoir posé la question aux personnes concernées…)
Discussion collective : restitution et apprentissages (30 minutes)
Chaque groupe fait une présentation brève comment il pourrait faire les choses de la pire des façons.
Après ce partage (souvent ponctué de rires), place au retournement de situation ! Il s’agit maintenant de définir collectivement pourquoi il semblerait pertinent de ne pas faire comme ça, et notamment :
- Partir de ce que les personnes concernées veulent construire,
- Faire cohésion de groupe, en reconnaissant les spécificités de chacun-e,
- S’intéresser aux effets des actions, aux changements chez les acteurices, et pas au fait d’avoir mené telle ou telle activité.
L’animateurice peut faire un apport théorique en rappelant les points d’attention suivants :
- Connaître son contexte,
- Ne pas nuire aux personnes concernées,
- Avoir une posture appropriée.
Des éléments plus détaillés sont disponibles dans la fiche cadre « Collecter des données genrées ».
Et ensuite ?
Si vous avez prévu un compte-rendu de la session, évitez de partager le contenu de ces scénarios catastrophes mais plutôt la deuxième partie, avec les points à retenir.
Petits conseils du F3E
Points d’attention
Si l’exercice prend bien, le groupe peut « partir dans tous les sens ». Il est donc important de bien rappeler à chacun·e de justifier ses choix.
Il est également important de ne pas s’arrêter à la première partie de l’exercice : l’essentiel est dans la suite !
Adaptations possibles
On peut adapter cet exercice de Scénario catastrophe à d’autres sujets autour de la collecte de données, qu’il s’agisse d’une collecte de suivi-évaluation, d’un diagnostic, d’un temps de consultation, etc.
Par exemple : « Nous souhaitons organiser un atelier de façon collective et participative, pour recueillir la parole des premières et premiers concerné-e-s et baser la rédaction de notre prochain projet sur celle-ci. »
Pour aller plus loin
Vous pouvez accéder notamment aux ressources suivantes :
- Fiche-cadre : « Collecter des données genrées »
- Webinaire Technique : « Collecter des données genrées : méthodes et outils »
- Formation : « Mesurer le genre pour transformer ses pratiques »
- Fiche-méthodologie : « Le suivi-évaluation orienté changement » (dans F3E, Les Approches orientées changement, renforcer les pouvoirs d’agir avec une perspective de genre et écologique)
- Fiche-méthodologie : « Les gouvernances inclusives » (dans F3E, Les Approches orientées changement, renforcer les pouvoirs d’agir avec une perspective de genre et écologique)
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