Une fois le diagnostic posé, les organisations peinent souvent à traduire ses constats en une série d’actions adéquates et proportionnellement dimensionnées par rapport aux besoins de l’organisation et sa capacité à les mettre en œuvre en termes de ressources financières et humaines. La question de la temporalité des projets vient aussi souvent se heurter à cette mise en œuvre, car il parait plus complexe de faire évoluer les projets en cours de route plutôt que d’une phase à l’autre.
Néanmoins, les démarches d’apprentissage sur le genre (quelles qu’elles soient – diagnostic, étude, stratégie, etc.) permettent de fixer un cap et de donner une direction à l’action des organisations de solidarité.
Les sociologues Gwenaëlle Perrier et Dina Sensi identifient trois piliers pour soutenir et mettre en œuvre des politiques transformatives en termes de genre :
Cette dimension souligne l’importance d’aller solliciter et de confirmer à la fois l’adhésion de chaque individu partie prenante (qu’il ou elle soit salarié-e du siège ou personne concernée par les actions de solidarité) et du collectif de travail et de mise en œuvre de l’action. Ici la sensibilisation joue un rôle-clé : et comme mentionné dans la fiche (Se) Sensibiliser, la répétition, et donc le renouvellement périodique de ces accords, est essentiel pour assurer la pérennité de la transformation. Le diagnostic peut lui aussi soutenir cette démarche comme support à ces confirmations d’engagement en faveur d’une politique genre intersectionnelle.
À charge de chaque organisation de définir et placer le curseur vers lequel elle souhaite se diriger. Sensible, réactif ou transformatif – il ne faut pas oublier que s’il est souhaitable que chaque organisation se saisisse de l’approche intersectionnelle de genre, toutes n’ont pas pour ambition de devenir des organisations féministes ! Et quand bien même une organisation se positionnerait à un niveau d’ambition transformatif, un regard un peu plus détaillé sur ses actions éclairerait plutôt un patchwork d’activités tantôt transformatives en termes de genre, tantôt réactives, et parfois sensibles. Si la gradation est un guide, l’essentiel reste de définir cette trajectoire et de faire au mieux.
La formation et l’outillage restent des piliers essentiels pour permettre aux salarié-e-s des organisations de mettre en œuvre les recommandations issues d’une démarche d’apprentissage sur le genre. Ici aussi, la sensibilisation est un levier essentiel qui permet d’acquérir les bases, notamment en termes de posture, pour l’intégration de l’approche genre. Elle n’est cependant pas suffisante : des temps de formation et d’accompagnement dédiés doivent aussi être anticipés et budgétés pour assurer la cohérence des actions et leur bonne mise en œuvre au-delà d’une logique de « cocher les cases ». Le développement d’outils permet de soutenir cette démarche formative et de structurer les modes de pensée et les pratiques d’intervention de l’organisation : l’outillage arrive donc au service des actions et de la stratégie, plutôt qu’en amont ou en condition préalable à l’action.
Le dernier pilier de transversalisation du genre est l’intégration progressive de la prise en compte du genre dans les routines de travail des praticien-ne-s. Plus précisément, il s’agit du passage du genre comme « une brique en plus » à un automatisme et un réflexe de travail. De la même façon que les organisations de solidarité ne sont pas devenues du jour au lendemain expertes sur leur thématique d’intervention (par exemple, sur les questions de santé ou les questions d’agriculture), elles doivent se laisser du temps pour construire et consolider leur expertise sur le genre. Un-e chargé-e de projet qui expérimente et teste des façons d’agir et de travailler sur l’approche va, au fur et à mesure, développer des réflexes et des automatismes qui font qu’il ou elle gagnera en maîtrise et en autonomie sur la prise en compte de l’approche de son métier.
La mise en dialogue et les échanges entre pair-e-s, au niveau organisationnel ou comme dans les communautés de pratiques du F3E, permettent une posture réflexive sur les pratiques et favorisent leur transmission au sein des organisations, ainsi que l’acculturation d’un plus grand nombre de salarié-e-s à ces méthodes.
Les approches orientées changement (AOC), développées par le F3E et récemment révisées avec une perspective intersectionnelle de genre et écologique, sont un terreau fertile d’expérimentation et de développement d’une approche intersectionnelle de genre.
En termes d’étapes et de liens pertinents, on peut citer :
Un levier d’action est :