Mais pourquoi ?

Pour quoi faire ?

Cet outil sert à animer une réflexion collective autour des normes de genre à partir d’un préjugé, d’une préconception ou d’un état de fait donné. Il permet de collecter des données autour des perceptions sur le genre ; d’identifier les mécanismes de pensée qui justifient et systématisent les normes de genre dans un contexte spécifique ; d’initier progressivement une prise de conscience collective autour des préjugés et d’amorcer un travail de déconstruction de ceux-ci.

Posture et démarche

Conseils d’animation et de posture

Cet outil repose sur un principe simple : celui d’interroger les causes sous-jacentes d’un préjugé ou d’une norme de genre à travers la question « mais pourquoi ? », pour pouvoir ultérieurement agir sur ces leviers. La question peut paraître simpliste mais, appliquée aux normes de genre, elle révèle toute sa complexité car incite à ne pas se contenter d’une réponse en surface.

Attention, cet exercice demande de la rigueur et de l’attention dans l’animation, ainsi qu’une formation solide de la personne qui anime.

Il est impératif pour utiliser cet outil que plusieurs conditions soient réunies :

  • Un cadre sécurisant : l’exercice ne peut fonctionner que si les participant·e·s estiment pouvoir s’exprimer librement. Il est donc essentiel d’assurer la confidentialité et l’anonymat des échanges. La mixité choisie (entre femmes, entre hommes ou à travers une réflexion sur les groupes spécifiques) peut favoriser ce cadre sécurisant et permettre la libre expression de chacun·e ;
  • Parler à partir de soi : il est important que les participant·e·s s’expriment à partir de leur vécu individuel. Il s’agit pour elles et eux d’exprimer pourquoi ils et elles pensent que tel préjugé ou norme existe. Il n’y a pas d’enjeu à être d’accord ou à faire consensus mais plutôt à transcrire les multiples raisons pour lesquelles les individus croient ou justifient les normes de genre qui structurent leurs comportements ;
  • Avoir un regard aiguisé mais non jugeant : l’animateur·ice a pour rôle principal de rebondir sur les expressions de chacun·e avec la question « mais pourquoi ? ». Il faut donc que l’animateur·ice soit en capacité d’identifier sur quels éléments exprimés rebondir, et donc d’identifier les éventuelles incohérences, contradictions, pour mettre en lumière le caractère arbitraire des normes de genre. Attention, il ne s’agit pas pour l’animateur·ice de poser ces constats mais d’amener les participant·e·s à les réaliser elles et eux-mêmes. L’animateur·ice doit accueillir la parole sans jugement. L’objectif principal de l’exercice est de comprendre le système de croyance autour du genre.

Préparation en amont

Il est important de préparer cette animation bien en amont, avec un·e animateur·ice solidement formé·e sur les enjeux et les normes de genre dans le contexte où l’atelier se déroulera.

À ce titre, une recherche documentaire pour avoir une meilleure compréhension des normes de genre à l’œuvre est cruciale. Des discussions informelles avec des membres de la communauté ou les équipes du projet qui connaissent le mieux les participant·e·s sont également intéressantes. Ce travail préparatoire permettra notamment de formuler correctement l’énoncé principal qui fera l’objet du travail de discussion.

L’exercice débute en effet avec la formulation d’un énoncé de départ, soumis à discussions. Vous pouvez utiliser des formulations génériques ou tirées de verbatim, les travaux d’enquête que vous aurez pu réaliser au préalable ou les retours de vos collègues ou d’autres parties-prenantes pouvant servir de base.

Exemples :

« Les femmes sont plus faibles que les hommes. »

« Les hommes sont les maîtres du foyer. »

L’énoncé doit être suffisamment général pour que les participant·e·s puissent se prononcer dessus. Il doit aussi être « vrai » dans le sens où il doit s’agir d’une croyance commune à la communauté auprès de laquelle vous allez mener l’atelier.

N’hésitez pas à tester ces formulations avec des collègues pour vous familiariser avec la démarche et mieux anticiper les réponses et rebonds à faire. Enfin, la présence d’un-e observateur-ice est intéressante pour faciliter la prise de notes, ainsi que pour observer le langage non-verbal des participant·e·s pour enrichir par la suite l’analyse des informations collectées.

Sur le moment

Annonce de la consigne (5 minutes)

Après une répartition en sous-groupe si le nombre de participant·e·s est important, annoncez la consigne et le temps dédié à chaque moment.

Consigne :

Nous souhaitons explorer avec vous un énoncé que nous avons beaucoup entendu lors de nos travaux ensemble. Le but de cette discussion est de pouvoir comprendre ensemble pourquoi cet énoncé est répandu et utilisé, pour mieux saisir ce qui pousse les personnes à agir de telle ou telle façon. Nous vous proposons d’explorer pourquoi « … ».

Nous souhaitons que chacun·e puisse s’exprimer librement. Ainsi, nous vous invitions à vous exprimer à partir de votre vécu, de vos croyances et de vos perspectives. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Nous souhaitons seulement mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre. Nous ne sommes pas là pour juger ou pour commenter mais seulement pour guider et faciliter cet échange collectif.

Sur une grande feuille, écrivez au milieu la norme de genre qui est l’objet de l’échange et dessinez un cercle autour d’elle.

Premier tour de table (15 minutes)

Invitez les participant·e·s à l’atelier à réfléchir à « Pourquoi ? » ils ou elles pensent que l’énoncé est utilisé dans leur communauté.

Notez chaque réponse autour du cercle principal et reliez-les au cercle avec une flèche. Prolongez la discussion jusqu’à épuisement des réponses.

Deuxième tour de table (30 minutes)

L’animateur·ice identifie parmi les premières réponses apportées celles qu’il ou elle souhaite approfondir et, pour chacune d’elles, renouvèle la question : « Mais pourquoi ? ». Comme précédemment, les participant·e·s cherchent à expliquer pourquoi la croyance en l’énoncé est répandue.

À nouveau, l’animateur·ice note les réponses au fur et à mesure, cartographiant ainsi le système de normes et de croyances autour de l’énoncé principal et des énoncés secondaires.

En fonction des réponses apportées, vous pouvez à nouveau rebondir sur certaines réponses ou clôturer cette partie de l’animation.

Discussion (30 minutes)

Vient maintenant le temps de la discussion. Là, l’animateur·ice peut demander des clarifications ou des explicitations autour des réponses des participant·e·s.

Pour stimuler la discussion et la réflexion des participant·e·s, il est important de mentionner des contre-exemples à ce qui est affirmé. Par exemple, lorsqu’il est dit que « les femmes ne peuvent pas travailler dans les champs parce qu’elles ont moins de force physique que les hommes », vous pouvez rebondir de cette façon : « Pourtant, on a pu observer que certaines femmes portent en moyenne 10kg d’eau par jour. Comment expliquez-vous cela ? ».

Attention : n’utilisez des contre-exemples que si vous les avez observés ou s’ils ont été documentés dans la communauté auprès de laquelle vous intervenez.

Vous pouvez aussi stimuler la discussion à partir des questions suivantes :

  • Avez-vous appris de nouvelles choses ?
  • Qui est affecté-e négativement par cette norme ? Qui en bénéficie ?
  • Y a-t-il besoin de changer ces normes ? Pourquoi ? Pourquoi pas ?
  • Que peut-on faire pour les changer ? Qui, dans votre communauté, pourra soutenir ces changements ?

Une fois le temps écoulé, vous pouvez remercier les participant-e-s et clore l’animation.

Et ensuite ?

L’animateur·ice et l’observateur·ice se réunissent pour réaliser un compte-rendu et une analyse des réponses et des échanges qui ont eu lieu lors de l’atelier. Ce travail d’analyse sera d’autant plus complet que l’outil aura été déployé avec des groupes différents – permettant ainsi la triangulation des réponses et leur analyse genro-différenciée et genro-spécifique.

Le travail d’analyse peut permettre d’identifier les éléments suivants :

  • Les normes de genre qui informent et structurent les contraintes et les inégalités au sein de la communauté ;
  • Les personnes et groupes de personnes qui sont affecté-e-s positivement ou négativement par ces normes ;
  • Les différentes perceptions autour de ces normes en fonction du groupe d’appartenance des personnes ;
  • Les opportunités de changement et les leviers d’action potentiels sur lesquels agir concrètement ;
  • Les enjeux sur lesquels il y a un besoin de sensibiliser les membres de la communauté.

Ce travail peut ensuite être utilisé pour nourrir un exercice de formulation des changements, au travers de la marguerite du changement par exemple.

Petits conseils du F3E

Points d’attention

L’outil n’ayant pas vocation à déconstruire les normes que vous abordez mais plutôt à expliciter les mécanismes qui produisent ces normes, pour les documenter et les combattre par la suite, il est peu propice à la remise en question. Il est donc courant que, dans le cadre de ce type d’exercice, des personnes expriment des propos sexistes, homophobes, transphobes, racistes, validistes, etc. Ces propos peuvent être durs à encaisser. Nous vous recommandons donc vivement, après l’atelier, de prévoir un temps de débrief avec des personnes allié-e-s pour « vider votre sac ».

L’effet de groupe peut être important : il n’est pas rare dans ce type d’exercice que les réponses convergent ou que les personnes qui ont le plus de pouvoir s’expriment le plus et qu’elles emportent l’assentiment des autres participant·e·s. Comme, en plus, l’exercice aborde des traditions et croyances ancrées, il est parfois difficile d’obtenir des réponses nuancées. C’est dans ces cas précis que le rôle de l’observateur·ice est important : il ou elle permet d’identifier les personnes qui s’exprimeraient moins ou qui ne seraient pas à l’aise, ce qui peut donner l’opportunité de vous entretenir avec elles dans un cadre plus confidentiel.

Parfois, les réponses peuvent aussi tourner en rond : un énoncé va en justifier un autre qui justifiera lui-même le premier énoncé. Ce n’est pas un problème, au contraire, cela illustre bien le caractère de renforcement mutuel des normes de genre. Cela donne des pistes sur lesquelles agir ou des exemples à mobiliser dans le cadre d’ateliers de sensibilisation. Lorsque cela arrive, actez-le et mettez de côté cette partie. Changez ensuite d’énoncé ou rebondissez sur d’autres réponses pour éviter de tourner en rond trop longtemps.

Adaptations possibles

L’outil peut être utilisé pour aborder des sujets sensibles comme les violences basées sur le genre ou les enjeux LGBTQIA+. Cela doit toutefois être utilisé avec la plus grande prudence et uniquement par des personnes solidement formées à ces sujets spécifiques.

Pour aller plus loin

Vous pouvez également aller plus loin grâce aux ressources suivantes :

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Mais pourquoi ?
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Réalisable à distance
Oui

Nombre de participant-te-s
5-6 par groupe

Nombre d’animateur-trice-s
1 animateur-ice et 1 observateur-ice

Temps nécessaire
1h30

Type de lieu
Un lieu où la confidentialité des échanges est assurée et où la parole est sécurisée

Difficulté
3

Matériel
Une grande feuille et des feutres