Accès à l'information
Pour quoi faire ?
Le tableau à remplir présenté ci-dessous permet de relever les données concernant l’accès différencié à l’information et la maîtrise de la communication de différents groupes sociaux. Il permet de déterminer qui, dans tel contexte, reçoit l’information, dispose de l’information, diffuse l’information.
Enjeux théoriques
Ni l’information (résultat de l’organisation de données) ni la communication (processus interactifs par lesquels les personnes transmettent, échangent et mettent en commun l’information) ne sont neutres.
Leur production est au contraire subjective : elle est marquée par une intention, par la culture ou l’idéologie de la personne ou institution qui les produit, ainsi que par les compétences et moyens qu’elle a à disposition pour le faire. Information et communication sont également dynamiques : leur crédibilité et leur interprétation varient notamment selon les époques et les lieux, les personnes ou institutions qui y accèdent et les transmettent. Leurs formes, également, sont multiples (interpersonnelle, de groupe, de masse…).
Les modalités d’accès à l’information et de communication sont également très situées : elles dépendent bien entendu de la période et du contexte dans lequel on intervient, mais aussi des différents groupes sociaux et de leurs usages. La communication peut donc être orale, écrite, télévisuelle, via Internet, etc.
Le droit à l’information et à la communication implique de reconnaître l’importance de l’accessibilité de l’information, ainsi que la reconnaissance et la valeur des connaissances de toutes les personnes, y compris les personnes marginalisées. En outre, la participation de tous les groupes sociaux pour les prises de décisions permette la durabilité des actions. Partant de cela, il semble donc essentiel de faire le point, dans le contexte de son action, sur qui a accès à quelle information et par quel biais, qui transmet l’information et comment, et donc d’identifier qui a le pouvoir sur l’information et la communication.
C’est ce que propose cette fiche ! Après avoir adapté le tableau à votre contexte, l’avoir rempli, vous en analyserez les données recueillies pour ajuster les canaux de communication et de transmission d’information que vous prévoyez d’utiliser. Tout au long de ce processus, vous garderez en tête que l’accès différencié à l’information peut, suivant les cas, renforcer les inégalités existantes ou au contraire les diminuer.
Posture et démarche
Conseils d’animation et de posture
Afin de remplir le tableau de la façon la plus complète possible, il est pertinent de multiplier les moments d’observation. En effet, nous communiquons, dans nos actions, à différents moments, envers différents publics, avec différents canaux : tout cela doit être observé pour être analysé et, éventuellement, corrigé. Il est pertinent également de multiplier les sources d’observation. Vous avez un point de vue : quel serait celui d’une femme de la communauté auprès de laquelle vous intervenez ? D’un jeune homme ? D’une personne âgée ?
Évidemment, le format de tableau, écrit, n’est pas un format adapté à toutes et tous : n’hésitez pas à en adaptez la forme pour collecter les informations pertinentes !
Préparation en amont
Adaptez le tableau à votre contexte
En fonction du contexte dans lequel vous prévoyez d’intervenir ou intervenez déjà, vous devrez adapter le tableau, pour qu’il soit le plus pertinent possible. Nous vous invitons à faire un tableau spécifique à chaque contexte de communication que vous souhaitez analyser.
La partie « contexte » en chapeau du tableau propose de décrire le moment de communication observé (par exemple « une réunion publique organisée par telle entité, réunissant tel type de personnes », « un échange informel au maquis », etc., ou encore des discussions de groupes, du théâtre forum, des visites d’échanges, de la formation, des foires ou événements publics, etc.). Attention, il ne s’agit pas de lister ce que vous prévoyez de faire mais bien d’observer les contextes de partage d’information qui existent déjà dans la communauté avec laquelle vous intervenez. Vous pourrez vous fonder sur votre propre connaissance de terrain ou sur des moments d’observation pour en identifier certains mais vous devrez nécessairement vous fonder sur la connaissance des personnes concernées.
Dans la première ligne, vous préciserez quels sont les différents groupes concernés, en les détaillant avec une perspective de genre intersectionnelle. Il faudra en effet éviter de partir du principe que tous les hommes d’une part ou toutes les femmes d’autre part reçoivent et diffusent le même type d’information aux mêmes personnes et par les mêmes canaux. L’origine ethnique, l’âge, l’origine sociale, le handicap, etc. sont autant de facteurs qui jouent autant que le genre dans un accès à l’information et un relai de celle-ci différenciés. Ne vous restreignez pas aux trois cases proposées dans le tableau.
Dans les autres lignes, vous remplirez pour chaque groupe concerné :
- s’il reçoit de l’information, et si oui, de quel type et par quel canal,
- et s’il en partage, et si oui, quel type d’information, avec qui, par quel canal et dans quel but.
Si vous observez qu’un groupe social reçoit de l’information par plusieurs canaux ou en diffuse auprès de plusieurs autres groupes, vous pourrez utiliser plusieurs lignes.
Différents types d’information existent, par exemple : des actualités, des informations sur des offres de produits, de service, de formation ou des activités, des connaissances techniques, des informations culturelles, des opinions politiques ou sociales, etc. Parmi les canaux de communication, on peut penser aux médias de masse (radio, télévision, presse), aux moyens traditionnels (chants, danses, musiques, contes, récits, poésie, masques, proverbes, marionnettes, etc.), mais aussi à des projections de documentaires ou films, des expositions ou romans-photos, des affiches et dépliants. On pensera également à la téléphonie mobile, aux SMS ou messages textuels, aux messages vocaux, aux réseaux sociaux, etc. Enfin, la parole (ex. prise de parole en public) est également un canal de communication.
Sur le moment
Observez, notez ou enregistrez et reportez dans le tableau, sur le moment ou plus tard !
Après l’observation
Analysez les données recueillies. Nous vous recommandons de faire cette analyse en groupe et guider votre réflexion à partir des questions suivantes :
- Quels sont les canaux de communication privilégiés par tel ou tel groupe social ? Pourquoi ?
- Remarquez-vous des différences dans la qualité de l’information reçue par tel ou tel groupe social ?
- Quelles normes sociales (de genre, d’âge, ou en lien avec d’autres rapports de pouvoir structurants) peuvent contextualiser ou expliquer les différences que vous identifiez ?
- Quelles conséquences ces différences pourraient avoir sur votre projet ou votre action ?
Servez-vous de ces conclusions pour identifier comment vous allez communiquer, auprès de qui et pourquoi lors de votre action. Rappelez-vous que l’accès à l’information peut être un facteur d’empowerment pour les groupes sociaux défavorisés et que, sans stratégie d’information et de communication différenciée, vous risquez d’augmenter les inégalités de pouvoir déjà existantes.
Petits conseils du F3E
Points d’attention
Prenez le temps de recueillir des données les plus fiables possibles et de les analyser (avec les personnes concernées, c’est encore le mieux !).
Pour aller plus loin
N’hésitez pas à consulter :
- Fiche repère : L’inclusion et la participation (dans F3E, Les Approches orientées changement, renforcer les pouvoirs d’agir avec une perspective de genre et écologique)
- Fiche outil : Les 5 dimensions de l’empouvoirement (dans F3E, Les Approches orientées changement, renforcer les pouvoirs d’agir avec une perspective de genre et écologique)
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