Dans les approches orientées changement (AOC) la planification d’une action se traduit par l’élaboration d’une vision partagée et est généralement suivie de la construction de chemins de changements et la définition d’activités. Cette étape se caractérise par plusieurs principes et modalités de mise en oeuvre que nous vous invitons à découvrir ci-dessous.

Pourquoi une vision partagée ?

Une vision partagée est une projection vers un futur souhaité et réaliste, élaborée puis validée collectivement par les personnes concernées par l’action. Ces dernières construisent ensemble un énoncé inspirant qui décrit la situation qu’elles souhaiteraient atteindre à un horizon de cinq à dix ans. Elle répond aux caractéristiques suivantes :

  • Il s’agit d’une projection positive vers l’avenir, où l’on ne part pas des problèmes pour construire l’action à mener, mais plutôt de ce que l’on souhaite collectivement atteindre.
  • Il est possible d’initier un travail d’élaboration d’une vision partagée à tout moment d’une démarche collective. Cet exercice peut être réalisé à l’échelle d’un territoire, d’un projet, d’une organisation, d’un réseau, etc.
  • La vision est qualifiée de partagée dès lors qu’elle a été élaborée par et pour les actrices et acteurs concernées par l’action, et qu’elles et ils ont été réellement et effectivement inclus-e-s dans sa formulation et sa validation.
  • La composition de ce collectif peut être déterminée par l’analyse des actrices et acteurs, ou réinterrogée par celle-ci pour s’assurer de l’inclusion et de la participation de toutes les personnes et groupes de personnes concernées par l’action.

La définition d’une vision de changement est un moment fondateur permettant de confronter les points de vue et de pouvoir situer ce qui importe à chacun et chacune, de débattre comme de trouver des compromis satisfaisants – si c’est possible – pour chaque partie prenante. La posture de facilitation adoptée à cette étape est importante pour permettre l’expression de chaque personne concernée, et s’accompagne d’une série d’étapes qui permettent d’aboutir à la validation de la vision partagée.

Fiche méthodologie « La vision partagée »
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Les étapes pour construire une vision partagée

Avant de se lancer dans l’élaboration d’une vision partagée, il est recommandé d’avoir une connaissance fine du contexte et des actrices et acteurs concerné-e-s par l’action.

Un atelier d’élaboration d’une vision partagée se déroule idéalement sur une journée et est immédiatement suivi par un atelier d’élaboration de chemins de changement le lendemain.

L’organisation d’un atelier d’élaboration d’une vision partagée implique de construire, en amont, un déroulé d’animation qui permettra d’anticiper chacune des quatre séquences suivantes et de préciser le rôle des facilitateur-ice-s à chaque étape :

Un premier temps est consacré à poser des ébauches de vision partagée, par groupes. Ces groupes sont, lorsque c’est pertinent, des groupes spécifiques afin de permettre l’expression des premier-e-s concerné-e-s. Il est tout à fait possible de commencer l’exercice par un temps de réflexion individuel. À l’issue de cette étape, les visions sont mises en forme par chacun des groupes.

Le second temps est destiné à mettre en commun et à discuter les différentes visions, afin de s’accorder sur les éléments communs qui figureront dans la vision partagée. Une attention toute particulière est à accorder aux modalités de restitutions des visions de chacun des groupes, pour s’assurer de la bonne prise en compte de chaque contribution.

La troisième temps est consacré à mettre en forme la vision partagée. La facilitation de cette étape peut s’appuyer, par exemple, sur la participation de rédacteur-ice-s volontaires pour rédiger la vision. Il n’est pas important que la formulation finale soit esthétique ou synthétique : la vision peut comporter des énumérations ou des répétitions si c’est la volonté du groupe.

Le quatrième et dernier temps est consacré à la validation de la vision partagée, par les personnes impliquées dans sa construction. Ceci peut être réalisé immédiatement après la phase précédente, ou opéré à une date ultérieure si besoin.

En tant que boussole, la vision -même une fois validée- n’est pas figée et peut évoluer avec le temps. Elle peut par exemple être requestionnée lorsque le contexte l’exige ou bien au moment où un nouveau travail de planification s’effectue.

Fiche outil « Organiser un atelier d’élaboration d’une vision partagée
Consulter cette fiche p.138 de notre guide sur les AOC
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Les chemins de changement, c'est quoi ?

Lorsqu’une vision partagée a été élaborée par un collectif d’actrices et d’acteurs, on trace ensuite des chemins de changement qui seront les trajectoires à parcourir pour permettre la réalisation de cette vision. Ces chemins sont composés de jalons – les changements – disposés dans le temps, par lesquels il sera nécessaire de passer afin d’aboutir à la vision souhaitée.

Les changements décrivent des évolutions nécessaires qui contribueront à réaliser la vision à long-terme. Une fois les changements identifiés, il s’agit alors pour le collectif de dessiner les trajectoires qui lient ces différents jalons, puis de définir les activités qui permettront d’atteindre ces changements. Les activités, à l’inverse des changements, ne font pas état d’une situation mais sont des moyens de permettre la réalisation de ces changements, et in fine, de la vision partagée.

On parle de chemins au pluriel car il n’existe pas une trajectoire linéaire pour atteindre la vision, mais bien plusieurs itinéraires possibles. Le tracé résultant de cet exercice devient, sans être exhaustif, un repère pour l’action : une marge de manœuvre subsiste pour permettre l’atteinte des changements, car il est tout à fait possible de transformer ou faire émerger de nouvelles activités au fil de l’eau, si cela permet de mieux contribuer aux changements identifiés à la base.

Tracer les chemins de changement n’est pas un exercice facile. Il peut exister une certaine confusion chez les participant-e-s entre le « pourquoi » et le « comment » agir. Mais l’exercice est utile pour créer un échange de fond concernant les transformations sociales souhaitées, tout en se projetant dans ce que cela implique concrètement.

Comme pour l’élaboration de la vision partagée, il existe des étapes pour construire des chemins de changement. Celles-ci s’accompagnent d’une posture de facilitation dont le principal objectif est de réussir à accompagner les personnes concernées dans la formulation des changements qu’elles et ils souhaitent voir se réaliser. Il est conseillé d’avoir d’abord testé l’exercice ou participé à un atelier d’élaboration de chemins de changement pour être à l’aise avec la facilitation de cette étape.

Fiche méthodologie « Les chemins de changement »
Consulter cette fiche p.145 de notre guide sur les AOC
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Comment élaborer des chemins de changement ?

Accompagner un collectif dans l’élaboration de chemins de changement implique d’organiser un atelier dédié, qui dure idéalement une journée. Il est plus facile de réaliser cet exercice en disposant d’un temps long et continu avec les personnes concernées, mais si le contexte l’exige, il est aussi possible de décliner cet exercice en plusieurs temps distincts.

Étapes nécessaires à l’élaboration de chemins de changement :

La première étape est consacrée à organiser la réflexion. Deux façons de procéder existent :

  • La première est de réfléchir aux chemins de changements selon les acteurs et actrices impliqué-e-s dans la démarche. Cette approche consiste à se concentrer sur les principaux-ales acteurs-trices clés pouvant contribuer à la vision que l’on s’est fixée. Le reste de la réflexion est alors consacré à définir la situation de ces acteurs et actrices, la manière dont ils et elles pourraient évoluer, et la stratégie du projet pour accompagner leurs changements. On pourra utilement avoir recours à un travail en groupes spécifiques si l’on adopte cette perspective, l’idée étant que les premier-e-s concerné-e-s réfléchissent aux changements auxquels ils et elles pourraient contribuer. Cette organisation suppose d’avoir une bonne analyse préalable du contexte et des acteur-ice-s.
  • La seconde façon de s’organiser consiste à définir des grands domaines de changement qui composent la vision partagée. Ces domaines sont des thématiques sur lesquelles nous allons intervenir pour atteindre la vision et qui nous aiderons à identifier des changements intermédiaires. Le fait de définir un nombre limité de domaines de changement est utile lorsque le contexte de l’action est vaste et implique une diversité de changements. Nous vous conseillons ainsi de ne pas définir plus de quatre à cinq grands domaines de changements.

On peut croiser les deux perspectives. Par exemple en ayant recours à un travail en groupes spécifiques (intégrant donc une logique acteur-ice-s) pour échanger autour de quelques domaines de changement préalablement identifiés. Une autre solution serait de réfléchir à des changements dans tel ou tel domaine puis de s’interroger sur le rôle que tel ou tel acteur peut avoir pour que ces changements se réalisent.

Le fait d’utiliser des domaines de changement ou une réflexion centrée sur les acteur-ice-s et le degré de combinaison entre les deux est à l’appréciation de l’équipe de facilitation et doit être pensé en fonction des contextes et de ce qui fait sens pour les parties-prenantes.

La seconde étape consiste à formuler les changements et les activités. Le travail de formulation est réalisé par groupes, de préférence spécifiques, pour permettre l’expression des premier-e-s concerné-e-s. Chaque groupe formule les changements qu’il souhaite voir advenir et les activités qui y contribueront. Il est essentiel que des changements soient formulés, mais ça n’est pas grave si les personnes commencent par énoncer des activités : il s’agira, pour le factilitateur-ice, d’accompagner les personnes dans la compréhension de la différence entre les deux, et, par exemple, de garder les activités de côté jusqu’à ce que tous les changements importants soient identifiés. Ensuite, le-la facilitateur-ice pourra revenir au travail d’identification des activités en partant des changements formulés par les actrices et acteurs.

La troisième étape est consacrée à tracer les chemins de changement pour relier les différents changements entre eux, mais aussi les activités. Ceci peut s’effectuer au fil de l’eau si cela est plus facile pour les groupes, sans nécessairement scinder l’exercice en deux temps. Il est rare que les groupes suivent la même dynamique de travail et il est donc important que le-la facilitateur-ice ajuste son animation pour permettre aux groupes d’avancer le plus facilement possible. Une fois les chemins de changement tracés par les groupes, il est possible de demander aux personnes de discuter des allié-e-s qu’elles et ils identifient pour que chaque changement puisse se produire.

La quatrième et dernière étape est celle de la mutualisation des chemins de changements. Comme pour la mutualisation de la vision, elle se traduit par un retour en plénière et par l’animation d’une restitution par les groupes. Cette restitution doit permettre l’expression et la prise en compte des travaux de chacun des groupes impliqués dans l’atelier. À l’issue, une discussion est initiée entre les personnes pour identifier les similitudes et différences, et relever les alliances possibles. Cette discussion peut donner lieu à des arbitrages si le groupe ayant tracé ses chemins en ressent le besoin, toutefois il n’est pas nécessaire de formaliser un tracé collectif sauf si cela fait sens dans le contexte de l’action.

Une fois élaborés, les chemins de changement n’équivalent pas à un plan d’action : il s’agit plutôt d’un ensemble de repères auxquels les actrices et acteurs peuvent se référer pendant l’action, ainsi que d’un référentiel pour le travail de suivi-évaluation orienté changement qui s’en suivra.

Si le cadre de l’atelier d’élaboration des chemins de changement n’a pas suffi à préciser les activités qui composeront l’action, il est possible de réaliser une session spécifique sur ce sujet. On peut s’aider de la grille de questionnement suivante pour faciliter ce temps de travail :

Ce travail dédié au activités et particulièrement pertinent pour réinterroger son action et être en mesure d’infléchir nos manières de faire, d’envisager de nouvelles activités, ou de conserver l’existant. Il permet d’atterrir sur des éléments concrets, sous forme d’activités, qui permettent de faire le lien avec le cadre logique.

Fiche outil « Organiser un atelier pour élaborer des chemins de changement »
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Guide AOC : animer un atelier « vision et chemins de changement »
Consulter les pages 36-48
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